Vous êtes nombreux à manipuler ces animaux, passer de mare en mare.
Certains d'entre vous, notamment des enseignants,
pratiquent encore des captures temporaires,
histoire d'étudier en classe, ou de photographier en aquarium, des
amphibiens. Certains d'entre vous, pris d'une âme de sauveur, vont
parfois déplacer des amphibiens sur un site menacé pour les relâcher
ailleurs. Certains d'entre vous vont déplacer et introduire des
grenouilles vertes sur leur bassin d'ornement.
Tous ces gestes, y compris l'inventaire basique équipé d'une paire de
bottes et d'un filet troubleau, peuvent contribuer à la disparition
généralisée des amphibiens!
En effet, depuis plusieurs années a été repérée en Europe la présence
d'un champignon microscopique infectant les amphibiens: Batrachochytrium
dendrobatidis. La dissémination est aisée, via les microscopiques spores.
Il s'agit d'un véritable fléau, et plus les publications scientifiques
sortent à ce sujet, plus les indices sont en faveur d'extinctions en
masse lorsque des populations sont atteintes. La France n'est pas
épargnée. Il faut insister notamment sur le fait qu'il y a un décalage
important entre le moment où on détecte les premiers gros effondrements
de populations et le moment plus tôt où les contaminations sont déjà faites.
La responsabilité de l'homme est importante comme vecteur de cette
épidémie considérée comme une des raisons majeures du déclin des
amphibiens au niveau mondial.
Les amphibiens introduits ou déplacés peuvent être porteurs du
champignon, porteurs sains, c'est-à-dire véhiculer les spores sans que
ça se voit. Ils contaminent alors toutes les espèces dans la zone
réceptacle.
Les filets troubleaux, les bottes, les aquariums, etc. bref tous les
ustensiles utilisés pour les inventaires doivent être scrupuleusement
désinfectés avant chaque déplacement sur un site nouveau, même si celui
ci est situé à une distance proche du précédent.
Ces dernières mesures peuvent paraître ingérables lorsqu'on a jamais
pratiqué, et vont certainement ralentir le rythme des inventaires. Mais
il en va de la SURVIE DE BEAUCOUP D'ESPÈCES D'AMPHIBIENS.
Pierre Olivier Cochard